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LA
PAUPÉRISATION DE LA FRANCE ET DES FRANÇAIS

Elle se trouve
confirmée une fois de plus par les derniers chiffres d'Eurostat
Les paroles s’envolant, les
écrits restent. J’aborde donc sans rougir une question à mon
avis centrale et à laquelle j'ai consacré un certain nombre de
chroniques dont la plus ancienne actuellement en ligne remonte à
1992.
Il s’agit du déclin économique
de la France, de la paupérisation des Français, considération
en dehors de laquelle tout discours sur la politique extérieure
reste vain et la grève des services du Quai d’Orsay, ce 1er décembre,
dans les 154 pays où la France compte une représentation
diplomatique, illustre la vanité des discours et de l’agitation
internationale de MM. Chirac et de Villepin.
Certains voudraient dissocier la
question du rayonnement de la France, de la vitalité de sa
culture, de la diffusion de sa langue – d’une part – et
celle de la puissance de son économie reposant elle-même non pas
sur la programmation d’État mais sur la créativité, la
diversité, la santé des entreprises donc sur l’initiative des
entrepreneurs – d’autre part.
De tels adeptes nationalistes
fourvoyés du "politique d’abord" sont aujourd'hui de
très mauvais patriotes. Ils n’ont même pas lu Maurras (1)
inventeur de la formule "politique d’abord", qui ne
voulait pas dire ce qu’on cherche à imaginer à notre époque.
Aujourd’hui, par conséquent, pas
de nationalisme français possible et légitime sans la double
considération suivante :
- La création de richesse par la
libre initiative des entreprises françaises constitue la base
matérielle de tout rayonnement national.
- Ce rayonnement n’est
concrètement possible qu’en harmonie avec l’Europe dans son
ensemble.
Les doctrines contraires ont mené
la France sur le chemin du déclin et de la ruine.
Il y a exactement 30 ans, c’était
en 1973, la France apparaissait comme un pays en pointe de l’Europe.
Le président Pompidou commandait à un célèbre futurologue
américain, M. Kahn, une étude sur "L’Envol de la
France" prévu pour les années 1980. À la même
époque, en revanche, l’Angleterre, tardivement admise au sein
des communautés européennes, faisait figure de nation moribonde,
effectivement ruinée par près de 30 ans de travaillisme et de
fausse alternance conservatrice.
Si la situation s’est totalement
retournée, ce n’est pas le fruit du hasard.
Pendant 11 années, de 1979 à
1990, Mme Thatcher a, durement, redressé la barre de son
vieux pays pratiquement en faillite. Ses successeurs, le
conservateur Major, comme le néotravailliste Blair, ont continué
son œuvre et ils ont gardé l’essentiel de ses principes.
En France, au contraire, la droite
comme la gauche, ont fait en France ce que les travaillistes
avaient fait au Royaume Uni, avant Thatcher.
Les nations sont guérissables, à
condition de partir d’un diagnostic clair.
Dès la fin des années 1990, nous
avions été parmi les premiers à tirer la sonnette d’alarme de
la paupérisation de la France et des Français.
Les diverses sources de chiffres
que nous avancions étaient parfaitement officielles et cependant
les bons esprits ne voulaient pas y croire. Il paraît même que
Chirac en avait pris connaissance en 2001, lors d’un voyage
aérien qui lui avait permis, — à titre tout à fait
exceptionnel on s'en doute, — de lire autre chose que les gros
titres du journal trotskiste Le Monde, ses seules lectures
habituelles sur les questions sérieuses.
Chirac a été réélu président
en mai 2002, dans les conditions que l’on sait. Son pouvoir
s'est trouvé conforté en juin à l’Assemblée nationale par
une majorité écrasante de députés officiels, la plupart
ficelés par leur investiture.
Or, rien n’a été fait depuis
pour faire vraiment évoluer la charge qui tue la création de
richesse dans notre pays. Par conséquent, il ne faut pas s’étonner
de voir la France — si donneuse de leçons à l’international !
— s’affaiblir et s’appauvrir sur le plan intérieur.
Et les derniers chiffres sont
accablants puisqu’ils confirment la paupérisation de la France
et des Français en terme de standard de pouvoir d’achat.
Ce concept calculé par Eurostat
combine le produit intérieur brut rectifié par la parité de
pouvoir d’achat de la monnaie, c’est-à-dire les prix. Par
exemple, en France, le prix de produits de première nécessité
est très élevé.
Au total, selon cette évaluation,
la France était au 9e rang européen en 2002, ex aequo avec l’Allemagne
(incluant les Länder de l’est).
En 2003, l’Allemagne a encore
stagné passant de l’indice 102,5 à l’indice 102,2 mais la
France a encore plus reculé puisqu’elle est passée à l’indice
101,4.
Ceci la place désormais au 12e
rang européen sur 15. Elle est dépassée par l’Italie
(Mezzogiorno compris). La France n’est plus suivie que par les 3
pays du sud, soit dans l’ordre l’Espagne, la Grèce et le
Portugal.
Il est aussi à remarquer que les
trois pays qui peinent le plus du point de vue de l’évolution
du standard de pouvoir d’achat, ce sont ceux dont les trois
États sont les plus lourdement déficitaires, l’Allemagne, le
Portugal et la France (2).
Là encore, on peut critiquer les
modes d’évaluation, suspecter les organismes évaluateurs,
dénigrer les critères de référence.
Hélas, quand tous concordent pour
nous rappeler la paupérisation de la France et des Français il
n'y a pas lieu d'en douter et d'ergoter, il y a nécessité de
retrousser nos manches pour relever le pays.
JG Malliarakis
(1) Charles Maurras n’a pas
toujours eu raison, et d’autre part, de toute manière, ses
conceptions sont en partie périmées. Mais qu’on me permette au
moins de citer ici ce qu’il dit du rapport de la politique et de
l’économie : "L’économie étant la science et l’art
de nourrir les citoyens et les familles, de les convier au banquet
d’une vie prospère et féconde est une des fins nécessaires de
toute politique. Elle est plus importante que la politique. Elle
doit donc venir après la politique, comme la fin vient après le
moyen, comme le terme est placé au bout du chemin, car, encore
une fois, c’est le chemin que l’on prend si l’on veut
atteindre le terme."(dans Mes Idées Politiques,
édition Fayard 1947, p. 213)
(2) À l'inverse, du haut en bas de
l'échelle les pays qui améliorent leurs positions sont
précisément ceux qui ont assaini leurs finances publiques.
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