Paupérisation et misérabilisme à l’université

 Le détournement du ferry de la S.N.C.M et le tir de roquette sur la préfecture constituent une illustration des aboutissements logiques de notre conception centralisée, monopolisée et erronée du « dialogue social ». Elle porte en son sein les germes d’un « terrorisme social » pour le moins inquiétant. Cette image du navire était tout un symbole. Là où les médias nous montraient un navire, je voyais l’université en particulier, ou encore la sécurité sociale, ou le secteur public d’une manière générale. Car il y a bien longtemps que les centrales syndicales ont pris en otage ces institutions alors que les ministres ne pilotent plus grand-chose, soumis au chantage (orchestré par tous les médias) de la rue et de la violence.

Ces nationalistes corses revendiquant la continuité territoriale sont à l’image de ces mouvements étudiants régionalistes (catalans, bretons, corses) qui s’opposaient hier à l’autonomie des universités ! La décision récente du ministre de l’enseignement supérieur de rendre facultatifs les frais spécifiques d'inscription à l’université (sans lesquels les formations universitaires professionnelles ne sauraient survivre) révèlent à quel point les acteurs de l'université ne sont pas conscients de la situation économique de notre pays en général, et de l'état des finances publiques en particulier. Par pure démagogie, les frais normaux d’inscription avaient déjà été réduits et cette réduction, de l’avis même des pouvoirs publics, devait être compensée par la possibilité de lever des frais spécifiques (300 euros maximum pour un master quand les écoles de commerce demandent quelques milliers d’euros !) destinés à financer le surcoût lié à la mise en place de formations professionnelles pointues de haut niveau. En pleine rentrée universitaire (et après cinq mois de vacance), les syndicats étudiants déclarent ces frais illégaux, appelant les étudiants à les boycotter au risque de mettre en danger certains diplômes qui fermeront avant même d’avoir pu ouvrir.

Chaque année, on se retrouve devant les mêmes problèmes. Tout le monde constate, et regrette, le manque cruel de moyens qui frappe l'université française. Mais l’argent que l’Etat engouffre dans le déficit chronique de la S.N.C.M. ne peut plus être à la disposition de la recherche ou de l’enseignement supérieur. On ne peut feindre de s'étonner de la paupérisation rampante du système universitaire public tout en s'accrochant au mythe de la généralisation de la gratuité en deuxième et troisième cycle, avec pour objectif d'amener 80 % des étudiants au niveau master (Bac + 5). Notons que cela génère un appel d'air proprement intenable vis-à-vis des étudiants étrangers (notamment les étudiants chinois en nombre croissant). En effet, pour la plupart d’entre eux, il est moins coûteux d’étudier en France, où le coût des études est à la charge de la collectivité nationale, que dans leur propre pays où ils doivent assumer eux-mêmes ce coût.

C’est bien cette gratuité qui génère la pénurie : les files d’attentes des étudiants s’accumulent devant ces formations qui promettent l’excellence à coût zéro, mais qui débouche sur aucun emploi (alors que les formations scientifiques et techniques sont désertées). Les universités ne pourront sans cesse se tourner systématiquement vers l'Etat. Alors que le produit de l'impôt sur le revenu nous permet à peine d'honorer le paiement des intérêts de la dette publique, l'Etat français continue de s'endetter, mettant en péril l'avenir des générations futures, pour tenter de faire fonctionner le service public dans le cadre d'un système rigide, centralisé, et paralysé par les diktats syndicaux. Tout le monde constate que « le système marche sur la tête » et qu’il envoie quantités de signaux paradoxaux (fuite des cerveaux, baisse de la qualité des diplômes, prime au moindre effort) ; mais tout le monde est terrorisé à l’idée d’en sortir.

Pendant ce temps, les dysfonctionnements s’amplifient, finissant par fragiliser les acteurs économiques eux-mêmes, notamment les ménages et les entreprises, sur lesquels reposent tous les ajustements (via un accroissement général de la pression fiscale et sociale) que l'Etat renonce à s'imposer à lui-même. Il est impératif que les acteurs du secteur public sortent de leur bulle pour prendre en compte ce contexte structurel objectif dans leurs débats si l'on veut conserver l'espoir de renverser cette situation à tout le moins périlleuse. Tant que l’on discutera avec des « partenaires sociaux » qui s’obstinent à nier cette réalité, nous n’en prendrons pas le chemin.

JLC
 

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