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Va-t-on enfin renoncer au plan juppé
?

Incapable de faire
face à la grève des praticiens
Mme Guigou fait appel au président de la CNAM.
Ce 2 janvier, le président de la
Caisse nationale d’assurance-maladie, M. Jean-Marie Spaeth, a
annoncé, qu’il allait proposer "dès la semaine
prochaine" l’ouverture de négociations avec les
syndicats des médecins libéraux engagés dans un mouvement de
grève des gardes de nuit et de week-end afin d’obtenir une
revalorisation de leurs honoraires.
La première chose à souligner
est qu’il l’a fait à la demande de Mme Guigou, ministre de
l’emploi et de la solidarité, qui s’est révélée
incapable de résoudre ce problème par elle-même.
Après avoir déclaré que
"seule la CNAM était compétente pour les questions
relatives aux honoraires médicaux", Mme Guigou a annoncé
qu’elle ne rencontrerait pas les médecins.
Mme Guigou a aussi cherché à
faire croire que, depuis son arrivée au ministère de l’emploi
et de la solidarité, elle se serait attachée à renouer les
liens avec les différentes professions de santé. Elle prétend
comprendre "le malaise des médecins exerçant dans le
secteur libéral." Une manière de nous dire que le
paradigme de la médecine ce serait l’hôpital et le
fonctionnariat.
M. Gilles Johanet, directeur de
la CNAM, a toutefois fait cette remarque pertinente :"On
aurait pu éviter cette grève si on avait été plus attentifs
et s’il y avait eu une réflexion sur le métier de
généraliste" (Europe 1 le 2 janvier). Mais qui est
"on" ? Qui donc est "chargé de réfléchir"
?
Est-ce la CNAM ? Sont-ce les
"assurés sociaux" ? Sont-ce les individus ?
Où bien est-ce l’État ? -
comme le voulut le plan Juppé annoncé à grand fracas en
novembre 1995, mis sur ordonnance par Barrot en 1996,
responsable de la défaite de la droite en 1997 - et utilisé
depuis lors sans vergogne, successivement par Mme Aubry puis par
Mme Guigou pour planifier et étatiser le secteur de la Santé
en France.
Peu connu du grand public, M.
Spaeth est un permanent CFDT nommé en juillet 1996 par Juppé,
avec le soutien du vice-président patronal M. Jollès, à la
présidence de la CNAM pour évincer Force ouvrière et faire
accepter le contrôle étatique accru sur les dépenses maladie.
Ce contrôle a échoué : les dépenses de l’assurance maladie
n’ont pas cessé de progresser. Le gouvernement Juppé a été
balayé. Les représentants patronaux ont démissionné des
instances de la gestion paritaire. M. Spaeth reste : pour
combien de temps ? Pour gérer quoi ?
M. Spaeth déclare que la
négociation, ouverte aux gens de MG France et à ceux de l’Union
nationale des omnipraticiens de France, branche de la CSMF
hostile à la convention actuelle, se déroulerait "dans
le cadre de la proposition de loi qui sera soumise au Parlement
le 10 janvier".
Ce texte a été censuré par le
Conseil constitutionnel. Il prétend développer le dialogue
conventionnel et redéfinir le cadre des engagements individuels
et collectifs entre les professions de santé et les caisses. "C’est
dans ce cadre que nous ouvrirons les négociations car ce cadre
met fin à une vision technocratique des rapports avec les
médecins, fondée uniquement sur l’augmentation de l’activité",
affirme de son côté le président de la CNAM.
Les négociations à venir
doivent porter, au-delà des tarifs des consultations et des
visites, sur la rémunération spécifique des astreintes, des
gardes de nuit ou de week-end. Le président de la CNAM se dit
prêt à discuter aussi du suivi médical des enfants ou des
personnes âgées et des déplacements en zone rurale. Les
"représentants" des généralistes se battent, eux,
sur la revalorisation du tarif de la consultation, posée en
préalable à toute négociation.
"S’il s’opposait à
cette augmentation, M. Spaeth montrerait qu’il n’a rien
compris au sens de notre mouvement,
dit le Dr Michel Chassang, président de l’Union nationale des
omnipraticiens de France.
Nous refuserons toute discussion qui ne prendrait pas en compte
ce préalable."
La position de
MG France, syndicat proche des socialistes est plus
immédiatement bureaucratique et "syndicaliste".
Logique, dira-t-on, s’agissant de gens qui raisonnent comme
des fonctionnaires. Son vice-président, le Dr Martial
Olivier-Koeret, déclare en effet : "Dans tous les cas
de figure, il nous faut obtenir cette mesure, même si elle ne
va pas jusqu’à 20 €, il en va de notre crédibilité".
(Crédibilité des "centrales syndicales" s’entend).
La position des "centrales
syndicales" reflète le fait que les généralistes de base
ont fixé à 20 € le tarif minimal de leur consultation
(actuellement 17,53 €). Pour le délégué du PS à la santé
il faudrait profiter du passage à l’euro pour "arrondir
le tarif de la consultation"…
À quoi sert M. Spaeth ? Que
reste-t-il du lamentable plan Juppé ?
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