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PRÉCAUTIONS
SANS PRINCIPES
Le délire des étatistes de
toutes nuances autour de la fièvre aphteuse pourrait au moins
éclairer, de ses affreux bûchers, l'intelligence et la
conscience des citoyens. Privée de tout fondement rationnel,
scientifique, philosophique, ou éthique, ce qui tient lieu de
pensée aux administrations a inventé, au milieu des années
1990, un prétendu principe de, précaution. Jusque-là
l'existence de ce principe était demeurée fort obscure.
L'expression ne figure évidemment ni dans Littré (1863-1872)
ni dans le Grande Larousse Encyclopédique (1961-1963) ni dans
le petit Robert (1969) ; Le choc des deux mots " principe
" et " précaution " a d'ailleurs quelque chose
de barbare et d'illogique.
En français il existe un mot à
la fois plus simple, plus modeste et plus parlant : c'est la
prudence. On en comprend la supériorité sur l'expression
" principe de précaution " en consultant ce que le
Petit Robert donne comme définitions du mot précaution :
1° Disposition prise pour
éviter un mal ou en atténuer l'effet. etc.
2° Manière d'agir prudente,
circonspecte. " Vers le petit jour, il vint frapper avec
précaution à la porte de sa chambre " (Romains). Etc. 3°
Précautions oratoires*.
Et parmi les proverbes cités par
le Petit Robert : " Trop de précautions nuit " (= il
ne faut pas être trop prudent.)
Les proverbes constituent ce que
l'on appelle la sagesse des nations...
L'inconvénient de ce mot de
" prudence " c'est que nous le comprenons ; Si
j'écris que " par prudence j'ai détruit tout mon troupeau
parce qu'une seule vache était malade " mes interlocuteurs
douteront et de ma prudence et de ma raison. La mauvaise pomme
peut, certes, contaminer tout le cageot, mais il est ridicule de
prétendre jeter toutes les pommes ayant voisiné avec un fruit
gâté.
À l'inverse si j'emploie un mot
" franglais ", c'est-à-dire si j'introduis trop vite
dans la langue française un mot anglais que je ne comprends pas
nécessairement moi-même, et que mes interlocuteurs maîtrisent
moins encore, tout me devient permis. Molière se moquait des
médecins et faux savants qui procédaient de la sorte ayant
recours abusivement au grec : " une humeur que nous nommons
en grec atmos " cela est évidemment plus convaincant que
si l'on traduit " atmos " par " l'air "...
Toute en donnant l'apparence de
n'être ni anglais, ni grec, ni latin, ni sanscrit, le "
principe de précaution " remplit exactement la même
fonction.
Littéralement le " principe
de précaution " ne veut rien dire. Néanmoins, il
intimide. Il épate le bourgeois.
Il y a lieu de s'interroger sur
ce besoin d'intimidation dans notre société déboussolée.
Ce besoin ce ne sont ni les
citoyens, ni les consommateurs qui le ressentent : ce sont les
hommes de l'État. Dépassés, dans de si nombreux domaines par
l'évolution technologique, aussi sur le terrain des
télécommunications que sur celui du génie génétique et des
perspectives de la biologie, ils éprouvent un impérieux besoin
de justifier la fermeture des frontières et la légitimité
chancelante de leurs stériles oukases.
Nous ne sommes pas loin du
syndrome de la Planète des singes. Peut-être même la
réalité actuelle est-elle pire que cette fiction. Car le
grand-prêtre de la planète des singes sait très bien pourquoi
il prétend maintenir les hommes en esclavage et le monde dans
l'ignorance. Ici, nous nous demandons même si nos technocrates
ont compris l'imbécillité de leur système et la folie de leur
" principe de précaution ".
Louons au contraire la vraie
prudence. Elle est l'une des vertus traditionnellement
glorifiées en la personne du saint patron des artisans, un
charpentier nommé Joseph, fêté chaque année le 19 mars.
La vraie prudence consiste
d'ailleurs à se méfier, en de très nombreuses circonstances
de la sollicitude des hommes de l'État.
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