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France : déjà la récession déflationniste ?
Comme la pentification actuelle de la courbe
des taux est le prélude à un ralentissement de la croissance du PIB aux
Etats-Unis (pour la fin de l'année 2005 et 2006), une récession
déflationniste s'annonce dans la Vieille Europe. La situation
actuelle est mauvaise, mais le pire est à venir. Il se révèle déjà dans ces
chiffres.
La zone euro est soumise à des tensions en sens
opposés.
D'une part, l'augmentation de la masse
monétaire M3 (supérieure à 6 %) alimente des tensions
inflationnistes qui proviennent pour l'essentiel de l'agrégat M1
(qui augmente au rythme annuel de 10 %) car des revenus sont
massivement distribués sans travail fourni en contrepartie. En effet, il y a
trop d'aides dites sociales et de subventions pour des services dits
publics. Par ailleurs, des entreprises qui ne sont pas rentables aux
conditions des marchés et qui auraient dû disparaître distribuent des revenus
qui ne correspondent pas à une réalité.
D'autre part, la croissance du PIB est faible
car les marchés ne fonctionnent pas à l'optimum (à cause de multiples
obstacles et réglementations) et les impôts sont trop élevés (ils diminuent
les revenus disponibles). Dans une telle situation,
les prix ont donc tendance à baisser.
Jusqu'à présent, les tensions inflationnistes
l'emportaient sur les tensions déflationnistes, ce qui n'est plus le cas
maintenant. Comme la croissance américaine faiblira à cause du relèvement des
taux de la Fed au dessus de leur neutralité, les marchés transmettront en
Europe ce ralentissement dans un avenir proche.
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Milliards € ou $ |
M1 |
M2 - M1 |
M3 - M2 |
M3 |
|
Zone euro |
3 236 |
2 591 |
982 |
6 809 |
|
Etats-Unis |
1 347 |
5 187 |
3 239 |
9 773 |
Les 300 millions d'habitants de la zone euro
disposent de 3 200 milliards d'euros sur
leurs comptes courants et dans leurs portefeuilles (c'est l'agrégat M1)
contre 1 000 milliards de dollars environ
pour les Américains qui investissent ou placent le reste sans délai sur des
comptes d'épargne (c'est l'agrégat M2-M1). Leur épargne est
considérable : plus de 5 000 milliards de
dollars contre seulement 2 500 milliards
d'euros pour les Eurolandais. Les entreprises américaines disposent d'une
trésorerie colossale (c'est l'agrégat M3-M2) : plus de
3 000 milliards de dollars grâce à leurs
bénéfices élevés contre moins de 1 000
milliards d'euros dans la zone euro. Le ratio M3/PIB reste inférieur à
80 % aux Etats-Unis alors qu'il atteint
87 % dans la zone euro.
La structure, le niveau et l'augmentation de la
masse monétaire M3 aux Etats-Unis permettent d'atteindre le taux de
croissance potentiel optimal, ce qui n'est pas le cas dans la zone euro dont
les dérives s'apparentent à celles du Japon dont la croissance est
bloquée depuis une quinzaine d'années par une déflation consécutive à une
création monétaire considérable (le ratio M3/PIB est supérieur à 220 %).
En incitant les entreprises à baisser leurs
prix (dans la grande distribution par exemple), le gouvernement français
accentue les tendances déflationnistes et récessionnistes. Le manque de
culture économique des Français aura de graves conséquences.
Un tiers des 1 347 milliards de dollars de
M1 se trouvent hors des Etats-Unis dans des mains qui ne sont pas toujours
très propres…
Jean-Pierre CHEVALLIER
Economiste, professeur en URSS
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