France : déjà la récession déflationniste ?

  • La croissance du PIB en France a été de 0,1 % au 2° trimestre 2005 par rapport au trimestre précédent : c'est la croissance zéro après une croissance quasiment à zéro avec moins de 2 % en moyenne depuis 2002.
     

  • L'indice des prix à la consommation a baissé de 0,2 % en juillet 2005 par rapport au mois précédent. Les prix de tous les produits baissent, sauf ceux de l'énergie (pétrole et gaz) et des services (-0,3 % pour l'indice sous-jacent). Les tensions déflationnistes l'emportent sur les tensions inflationnistes.

Comme la pentification actuelle de la courbe des taux est le prélude à un ralentissement de la croissance du PIB aux Etats-Unis (pour la fin de l'année 2005 et 2006), une récession déflationniste s'annonce dans la Vieille Europe. La situation actuelle est mauvaise, mais le pire est à venir. Il se révèle déjà dans ces chiffres.


La zone euro est soumise à des tensions en sens opposés.

D'une part, l'augmentation de la masse monétaire M3 (supérieure à 6 %) alimente des tensions inflationnistes qui proviennent pour l'essentiel de l'agrégat M1 (qui augmente au rythme annuel de 10 %) car des revenus sont massivement distribués sans travail fourni en contrepartie. En effet, il y a trop d'aides dites sociales et de subventions pour des services dits publics. Par ailleurs, des entreprises qui ne sont pas rentables aux conditions des marchés et qui auraient dû disparaître distribuent des revenus qui ne correspondent pas à une réalité.

D'autre part, la croissance du PIB est faible car les marchés ne fonctionnent pas à l'optimum (à cause de multiples obstacles et réglementations) et les impôts sont trop élevés (ils diminuent les revenus disponibles). Dans une telle situation, les prix ont donc tendance à baisser.

Jusqu'à présent, les tensions inflationnistes l'emportaient sur les tensions déflationnistes, ce qui n'est plus le cas maintenant. Comme la croissance américaine faiblira à cause du relèvement des taux de la Fed au dessus de leur neutralité, les marchés transmettront en Europe ce ralentissement dans un avenir proche.

Milliards € ou $

M1

M2 - M1

M3 - M2

M3

Zone euro

3 236

2 591

982

6 809

Etats-Unis

1 347

5 187

3 239

9 773

Les 300 millions d'habitants de la zone euro disposent de 3 200 milliards d'euros sur leurs comptes courants et dans leurs portefeuilles (c'est l'agrégat M1) contre 1 000 milliards de dollars environ pour les Américains qui investissent ou placent le reste sans délai sur des comptes d'épargne (c'est l'agrégat M2-M1). Leur épargne est considérable : plus de 5 000 milliards de dollars contre seulement 2 500 milliards d'euros pour les Eurolandais. Les entreprises américaines disposent d'une trésorerie colossale (c'est l'agrégat M3-M2) : plus de 3 000 milliards de dollars grâce à leurs bénéfices élevés contre moins de 1 000 milliards d'euros dans la zone euro. Le ratio M3/PIB reste inférieur à 80 % aux Etats-Unis alors qu'il atteint 87 % dans la zone euro.

La structure, le niveau et l'augmentation de la masse monétaire M3 aux Etats-Unis permettent d'atteindre le taux de croissance potentiel optimal, ce qui n'est pas le cas dans la zone euro dont les dérives s'apparentent à celles du Japon dont la croissance est bloquée depuis une quinzaine d'années par une déflation consécutive à une création monétaire considérable (le ratio M3/PIB est supérieur à 220 %).


En incitant les entreprises à baisser leurs prix (dans la grande distribution par exemple), le gouvernement français accentue les tendances déflationnistes et récessionnistes. Le manque de culture économique des Français aura de graves conséquences.


Un tiers des 1 347 milliards de dollars de M1 se trouvent hors des Etats-Unis dans des mains qui ne sont pas toujours très propres…

Jean-Pierre CHEVALLIER
Economiste, professeur en URSS

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