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La
réforme chiraquienne des retraites sera au mieux illusoire,
au pire du collectivisme
Nous serons pour
une fois d'accord avec la grande presse et les gros médiats pour
dire : la réforme chiraquienne des retraites est un coup parti.
J'irai même plus
loin : on ne devra pas se leurrer sur la comédie des
négociations d'apparence dans le cadre de la sécurité sociale,
M. François Fillon lançant ses consultations au Ministère du
Travail, M. Mattei ayant d'ailleurs commencé le 6 janvier par des
pourparlers la caisse d'assurance maladie.
Les décisions
gouvernementales sont prises et il semble bien qu'elles soient
parties non du Premier ministre, jugé trop libéral, mais du Chef
de l'État soucieux de faire un maximum de concessions aux
régimes par répartition.
II semble par
exemple que les bureaucraties syndicales s'accordent pour la
plupart à adopter une attitude commune. O surprise, penseront les
bonnes âmes même la CGT fait semblant d'accepter le principe et
les grandes lignes de la réforme. C'est dire à quel point cette
réforme doit être considérée comme suspecte pour ceux qui
pensent en termes de libertés, de responsabilités et de respect
des propriétés et des contrats.
Quelques mots sur
la ligne de conduite de la CGT. Sur la question de l'assurance
vieillesse le ton est donné par un spécialiste du dossier qui
s'appelle M. le Duigou. Le camarade Le Duigou est un marxiste
sérieux qui a cependant repéré que la retraite par répartition
ne pourra plus servir les pensions confortables alimentées
pendant les 50 dernières années par la croissance économique et
démographique de l'Europe.
En bon communiste
il tient donc parfaitement compte du rapport de forces et cherche
à tromper les capitalistes en faisant mine de s'accorder sur le
constat selon lequel il fait jour à midi.
Par rapport à la
démagogie de Force Ouvrière et de Blondel, ce constat commun a
quelque chose de rassurant. Ceux qui ont étudié les accords de
Yalta, c'est-à-dire en fait le très superficiel communiqué de
presse du 11 février 1945, savent que pendant toute la
négociation de la Conférence de Crimée, Staline était en effet
lui aussi très rassurant, mais, disait-il, certaines concessions
était difficiles vis-à-vis de son opinion publique.
La démarche des
bureaucraties syndicales sera donc d'appeler à une manifestation
commune d'intimidation pour le 1er février. C'est exactement
jusque là le scénario désiré par M. Chirac et par l'aile
dirigiste de l'actuelle majorité. Le fait même que Fillon
commence ce 7 janvier ses consultations par le psychorigide
Juppé, en dit long sur le verrouillage.
En quoi consiste le
mot d'ordre des technocrates alliés à la CGT : il consiste à
exclure de tout débat toutes les pistes qui ne vont pas dans le
sens d'une seule conclusion qui est
-
Le régime par
répartition demeure le cadre philosophiquement intangible et
autoritaire du système ;
-
La variable
d'ajustement est exclusivement la durée des cotisations qui
passerait à 40 ans pour tout le monde ;
-
Un espace de
liberté sera ouvert exclusivement à ceux qui voudront
travailler plus dans le cadre du système et au bénéfice en
réalité de la répartition.
C'est une logique essentiellement
collectiviste.
Chirac l'a
clairement développée en empilant des mots abstraits et des
voeux dans le cadre de son message de voeux à ce que l'on appelle
les forces vives de la nation, dénomination dérisoire encore
vaguement pétainiste en total décalage avec le cours actuel des
mots d'ordre dominant.
Tant que l'on n'aura pas
réintroduit un principe dominant de liberté et de
responsabilité dans le régime des retraites et de l'épargne, la
réforme prévue par Chirac sera au mieux un cautère sur une
jambe de bois, au pire une nouvelle bouffée d'oxygène pour le
collectivisme déliquescent.
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