La réforme Fillon aura moins d’importance que la directive Bolkestein


Cette directive permettra à une masse critique de l’opinion de tester
la supériorité de l’épargne de droit patrimonial.

On présente comme une révélation bouleversante l’accord signé entre la CFDT (1) et le gouvernement sur ce qu’on appelle encore "la réforme des retraites". Et, il est vrai qu’il vaut mieux cette transaction qu’une situation durable de blocage. Il est vrai également que si la transaction Chérèque-Fillon se met effectivement en place dans la fonction publique, un certain bouleversement en résultera du point de vue de l’âge de départ en retraite privilégié des agents de l’État.

Reste évidemment que la CGT aura obtenu, elle aussi, une part de victoire dans la mesure où elle peut très largement mobiliser et encadrer un front du refus qui s’appuiera très largement sur les enseignants de la FSU et sur le jeu trouble de Force Ouvrière.

Rappelons à ce sujet deux choses :

  1. Au soir du 13 mai Marc Blondel, secrétaire général de FO, pour ceux qui l’auraient oublié, mais aussi en contact régulier avec l’Élysée avait largement encouragé la prolongation illégale de la grève le 14 mai et le 15 mai. Or, c’est cette prolongation qui a radicalisé la situation, de part et d'autre.
     
  2. La FSU, dans les bilans des manifestations, a revendiqué un nombre de piétons qui fait certes sourire : elle parle de 50 000 personnes dans son communiqué de 18 H 03, rien que pour Paris. Ce chiffre est peu réaliste puisque l’évaluation la plus vraisemblable des manifs parisiennes est en tout de 70 000 à 75 000. Ce que l’on doit retenir, cependant, même en divisant par deux le nombre des manifestants FSU, c’est la part considérable de la contestation scolaire dans l’agitation actuelle. Cette contestation porte à la fois sur l’âge de retraite mais aussi sur les mesures de décentralisation et les effectifs.

Cela nous conduit à considérer que, dans le meilleur des cas, le processus réformateur demeure très limité et fragile.

La petite réforme Fillon "ne parle plus de capitalisation" et le représentant de la CFDT, M. Toulisse, s’en félicitait sur Europe n°1 le 16 mai à 7 heures.

Les questions demeurent et la première que nous devons nous poser aujourd’hui c’est l’espace de liberté (2) qui résultera de la Directive Fond de Pensions, qui a été adoptée par le Conseil européen le 12 mai, et annoncée à Bruxelles (3) par Frank Bolkestein le 13 mai.

En elle-même cette directive a beaucoup plus d’importance que la réforme Fillon. Elle va permettre à un nombre considérable de Français de court-circuiter par des produits d’épargne européens aussi bien les absurdes décrets d’application de la loi Madelin de 1994, que la pression des régimes de répartition.

Ce sera sans doute au départ l’occasion d’une vraie bataille technique et juridique, mais cela permettra à une masse critique de l’opinion de tester la supériorité des fonds de pension et de l’épargne de droit patrimonial sur les mécanismes contraints collectivistes et malthusiens de la sacro-sainte Répartition. Fillon prétendait la sauver. La Directive Bolkenstein nous donne des outils pour l’enterrer.

Sachons que ces outils ne sont pas en eux-mêmes les garants du succès comme l'ont trop longtemps voulu nous le faire croire les Docteurs Tant Mieux de l’Europe au sourire large et aux dents blanches à la Lecanuet. Cette Europe-là ne marche que sur le papier.

La véritable Europe est peut-être plus modeste dans ses institutions. C’est l’Europe des Européens, conscients de leurs diversités, attachés à leurs cultures respectives résolument sceptiques quant au concept de modèle social européen. Mais c’est aussi une Europe qui saura lutter contre les bureaucraties accapareuses, les monopoles expropriateurs et les politiciens bonimenteurs de la redistribution.

Ce sera donc l’Europe des Libertés.


(1) Accord que nous annoncions dans le courrier de la liberté

(2) Ne perdons JAMAIS de vue qu'un tel espace demeure limité par les bornes du système européen actuel. Ce système, beaucoup moins fédéraliste que le prétendent ses adversaires, est en fait lui-même largement technocratique et inter-gouvernemental. Un espace liberté est à distinguer de la liberté en elle-même, telle que nous la revendiquons. Cet espace de liberté prendra son sens réel en fonction de l'élargissement que lui donneront les initiatives des citoyens au sein de chaque "État-Membre" de l'Union européenne.

(3) Cf. le texte intégral du Communiqué de la Commission européenne (Retraites professionnelles: la Commission se félicite de l'adoption définitive par le Conseil de la directive sur les fonds de pension...)

 

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