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"Le renard dans le poulailler"
François Guillaumat
« La liberté [le laissez-faire] s'oppose
explicitement et exclusivement à la seule méthode connue du renard dans le
poulailler : la coercition, la contrainte physique. Dans le poulailler, le
renard serait bien inoffensif, si ses moyens d'action se limitaient à la
persuasion, à la publicité ou à « l'esclavage du salariat ».
Qui est davantage renard dans le poulailler ? La poule qui devient
chef d'entreprise, ou l'Etat dont la seule méthode propre d'action
est justement celle des bêtes sauvages, la force ?
Avec la plus méchante des multinationales, vous pouvez choisir de n'avoir
aucune relation : vous vous passerez de ses produits et elle n'obtiendra
pas un sou de vous. Puis essayez de faire la même chose avec l'Etat :
refusez ses services et cessez de payer l'impôt. Vous verrez qui a le
pouvoir dans le poulailler. »
Pierre Lemieux Du Libéralisme
à l'anarcho-capitalisme
I l existe
dans notre société un groupe de gens qui vivent de la force agressive.
Ils viennent en armes chercher notre argent et nos biens pour payer
des « services » que nous ne leur avons pas demandés, et qui parfois nous
révoltent. Ils contrôlent, contraignent, exproprient aveuglément, ils
menacent, emprisonnent et tuent sans être punis. Ce groupe ne cesse de renier
ses engagements, et de nous en inventer de nouveaux à son égard,
sans considération pour la logique, la raison ni le Droit.
Ces gens ne prétendent d'ailleurs pas seulement
échapper à la morale commune, celle qui proscrit le vol et l'esclavage. Ils
ont détourné les valeurs de la morale et du Droit à l'appui de leurs
prétentions insanes à produire de la valeur, à créer de l'ordre, au moyen
de la violence agressive contre les autres personnes.
Si l'image du renard dans le poulailler
est le symbole par excellence de la violence prédatrice face à des victimes
impuissantes, il n'y a pas de meilleure façon de décrire les rapports de ces
gens-là avec les membres de la société civile.
Ces gens-là, ce sont évidemment les hommes de
l'Etat, la caste politique au pouvoir. Et ils ont pourtant réussi à nous faire
croire que c'est le laissez-faire, le système politique qui les gêne
dans leurs exactions parce qu'il proscrit par définition la violence agressive
entre les personnes, qui établit la « loi de la jungle », où règnerait le «
droit du plus fort », le système du « renard dans le poulailler ».
Un crime contre l'esprit
Un tel scandale recèle un désordre intellectuel
et moral très grave, un crime contre l'esprit dont on doit retrouver les
pièces à conviction et confondre les auteurs.
Mais il faut d'abord répondre à l'accusation.
Le Laissez-faire, ce n'est pas l'anarchie : ce sont les Droits de
l'homme ; une autre de ses définitions est : le respect absolu des droits de
propriété. C'est donc le contraire de l'absence de toute règle : pour ce
conformer aux lois de la réalité, la liberté totale implique logiquement que
personne n'ait le pouvoir de violer la liberté d'autrui. Le principe
laissez-fairiste contient en fait à lui seul l'ensemble des règles de
droit qui font des rapports civilisés entre les hommes ; il ordonne de
respecter la possession naturelle, le contrôle des choses
produites par l'action passée, et préserve toutes les possibilités
de l'action future.
Quand on la fait respecter comme Propriété naturelle, l'initiative
réglementaire n'a aucun sens.
Le laissez-faire ne sacrifie pas davantage
l'intérêt de « la société » aux intérêts particuliers. Il n'y a d'intérêt, le
bon et le mauvais n'ont de sens, que pour des êtres vivants individuels, donc
pour des personnes en ce qui concerne la société. Le laissez-faire est le seul
à prendre totalement en compte ce fait de nature essentiel. Il est le seul
qui reconnaisse que sacrifier à la « société » les Droits d'une personne,
c'est sacrifier Pierre au profit supposé de Paul. L'argent « public » va dans
des poches privées. Si Paul accepte que l'on viole les Droits de Pierre à son
profit, au nom de quoi défendra-t-il les siens ? En condamnant cette
exploitation, le capitalisme est le seul système politique qui ne considère
pas l'homme comme un esclave ou une bête de somme, et conçoit la dignité
des rapports sociaux dans le refus d'aborder ses semblables dans la position
d'un parasite ou d'un pigeon à plumer.
Monopoles et « concurrence sauvage »
On cherche aussi à nous faire peur avec les «
monopoles », ou bien la « concurrence sauvage ». On ne sait pas très bien
lequel des deux spectres fait le plus peur, et d'ailleurs le second est censé
conduire au premier. En fait le monopole ne peut jamais être qu'un privilège
politique, une intervention publique restrictive. On n'a jamais vu une firme
sur un marché libre faire d'énormes profits sans attirer, tôt ou tard, des
concurrents. Quant à l'autre chimère, la « concurrence sauvage », elle ne peut
pas exister, c'est purement et simplement une contradiction dans les termes.
La libre concurrence est précisément l'expression civilisée des
oppositions. Elle réalise le principe moral suivant :
« nul n'a le Droit d'employer la force
pour empêcher quiconque de faire mieux que les autres ».
En proscrivant l'emploi de la force agressive,
le laissez-faire force la rivalité naturelle entre les hommes à ne s'exercer
que par un surcroît de capacité productive.
Où est la sauvagerie
C'est bel et bien quand la politique se mêle
d'intervenir que la « sauvagerie » apparaît. Par nature, l'intervention
introduit le recours à la force, là où seul l'esprit était en jeu.
Elle engendre nécessairement un prédateur et une victime. En portant la
rivalité dans l'arène politique, elle en fait un conflit. En effet, si la
politique permet de disposer de ce qui appartient à autrui sans consentement,
elle créé un précédent. Et chacun de se dire : « pourquoi serais-je
parmi les volés plutôt que parmi les voleurs ? ». Tous les appétits les plus
féroces sont attisés et à mesure qu'elle progresse, les gens les plus honnêtes
et les plus lucides eux-mêmes sont forcés de s'enrôler à leur tour, pour leur
survie, parmi les receleurs de la spoliation légale. Il n'y a
plus alors qu'une différence formelle entre un voleur et un non voleur : un
voleur devient
« un monsieur qui ne respecte pas les
procédures étatiques reconnues pour s'emparer du bien d'autrui ».
Et s'il arrive que des politiciens empochent
l'argent volé au lieu de le distribuer à des organisations politisées suivant
des critères arbitraires, c'est du détournement qu'on s'indigne, et non de la
spoliation légale ni de l'arbitraire public.
L'Etat devient la grande fiction à travers
laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde
(Frédéric Bastiat).
Il n'est alors plus question de préserver le Droit des personnes, mais
de défendre les intérêts de « catégories » que prétendent représenter
les groupes de pression : chacun doit s'associer à un groupe pour éviter
d'être dépouillé ou plutôt, parce qu'à travers l'Etat il est plus facile de
voler les autres que d'échapper à leur prédation, pour essayer de voler plus
aux autres qu'ils ne vous ont eux-mêmes volé. Ceux en particulier qui depuis
des décennies, ont admis l'incitation à la haine de classe et à la
discrimination contre les riches n'auront pas à s'étonner si l'origine
ethnique devient à son tour un prétexte à des politiques de discrimination.
Il n'y a pas de différence, en morale ni en Droit, entre la discrimination
politique contre les riches et celle qui frappait les juifs. Le
nazisme est d'abord un socialisme.
La loi du plus fort
A ce jeu stupide, il n'y a que les plus
forts qui gagnent - et les hommes de l'Etat, qui s'ingénient à tromper sur les
« prélèvements » et à s'attribuer le mérite des « prestations » -. C'est là et
nulle part ailleurs, que règne la loi de la jungle. L'économie mixte, le
corporatisme social-démocrate, l'interventionnisme de la démocratie « sociale
», ne sont que les formes codifiées que cette guerre civile froide a empruntés
pour camoufler sa nature et ainsi survivre malgré son instabilité.
« le degré d'étatisme dans un pays est la
mesure dans laquelle il le divise en bandes rivales et jette les hommes
les uns contre les autres. Quand les Droits individuels sont abrogés, il
n'y a pas de moyen de savoir qui a Droit à quoi. Il n'en existe aucun pour
déterminer la justice des prétentions, des intérêts ou des désirs de qui
que ce soitŠ »
« Le capitalisme de laissez-faire est le
seul système social fondé et, par conséquent, le seul système qui
proscrive la force dans les relations sociales »
« Si les hommes veulent s'opposer à la
guerre, c'est l'étatisme qu'ils doivent combattre. Aussi longtemps qu'ils
soutiennent la notion tribale que l'individu est bon à être sacrifié à la
collectivité, que certains hommes ont le droit de régner sur les autres
par la force et qu'un « bien » (n'importe quel « bien ») peut le justifier
- il ne peut y avoir de paix à l'intérieur d'une nation, ni de paix entre
les nations »
Ayn Rand « The Roots of War » in
Capitalism, the Unknown Ideal.
L'exploitation et la loi du plus fort, il est
facile de voir en quoi elles consistent, et de quel côté elles se trouvent.
Pourtant, on a réussi à en accuser le laissez-faire, et non sans succès.
Sur quoi repose cette accusation ?
Le procédé est simple : si vous essayez
d'exploiter quelqu'un sans employer la force ni la tromperie, qui sont
proscrites par le laissez-faire, vous n'y arriverez évidemment pas. Mais c'est
là qu'on vous attend. Ne vous croyez pas pour si peu lavé de tout péché,
car il se peut - horresco referens - que vous ayiez plus de « pouvoir
économique » que les autres.
Vous aurez beau dire que dans une situation
d'échange volontaire personne, quelque argent qu'il ait, ne peut forcer le
consentement de quiconque. Que chacun participe sous sa responsabilité. Que
c'est par tous les participants au marché, vous compris, que les termes de
l'échange sont fixés, ce à quoi vous ne pouvez rien. Que la seule « force »
que l'on puisse utiliser dans le laissez-faire, en dehors du cas de légitime
défense, est la force de l'esprit, le pouvoir de production ou de persuasion.
Que le « pouvoir » économique n'est que la mesure des services que l'on peut
rendre seul.
L'obsession politique
Tous ces arguments, cependant, seront
incompréhensibles, cela ne pèse rien pour quiconque confond spontanément le «
pouvoir » économique - la capacité productive - avec un pouvoir politique,
lequel repose pourtant en dernière analyse sur le pouvoir de nuire, sur
la capacité de destruction. Et c'est là l'escroquerie qu'il faut dénoncer.
L'idée que l'on cherche en fraude à vous faire accepter, c'est qu'une
situation d'échange productif serait une situation politique, c'est à dire de
même nature qu'un affrontement violent. Que l'échange serait imposé par la
force, comme si on pouvait accuser les autres du besoin qu'on a de leurs
services, et qu'il y aurait un vainqueur et un vaincu, comme si
la participation des deux ne prouvait pas, à l'évidence, que l'un et
l'autre entendent en tirer bénéfice. Que c'est le refus d'échanger qui
constituerait une agression, et non le fait d'imposer par la force
les conditions d'un échange, comme le fait un contrôle des prix. Et que
la supériorité productive serait un insupportable « abus de domination »,
comme si on pouvait à la fois offrir les meilleurs services et ne pas
concurrencer ses rivaux, et comme si les investissements qu'on a faits
étaient une « barrière à l'entrée » des concurrents.
Dans cette confusion, le marché est vu comme
une sorte de champ clos où s'affrontent des intérêts inconciliables (la «
guerre économique »), et où le pouvoir créateur de l'esprit humain est
confondu dans ses effets avec la force brutale.
C'est la vision d'un monde sauvage primitif, d'une malheureuse créature qui
croit que produire un bien et s'en emparer sont des actes
équivalents et que le second peut-être utilisé en « compensation » du premier.
Si l'on accepte l'expression du « capitalisme sauvage » cette autre
contradiction dans les termes, alors on accepte l'idée qu'il n'y a pas de
différence entre un producteur et un voleur, et que le Droit
n'existe pas, puisqu'il ne trouve sa source que dans cette distinction. Qu'un
bureaucrate qui n'a pas empêché la production d'un bien ou d'un service
a autant de mérite que celui qui l'a produit ; et aussi - pourquoi pas ? qu'
Attila aurait pu construire la Parthénon simplement parce qu'il ne l'a pas
détruit.
Une farce
Que la réflexion juridique de nations
civilisées puisse tomber aussi bas est un fait inquiétant : en fait, de
cette gigantesque imposture, personne n'est totalement innocent.
On n'escroque pas un honnête homme. Si les promesses d'argent volé aux
autres qui accompagnent la propagande étatiste n'avaient pas été
acceptées, le laissez-faire règnerait depuis longtemps ; mais c'est tout de
même le milieu politique qui est le bouillon de culture naturel de
cette corruption de la pensée.
Quand on n'a jamais vécu que des rapports
d'affrontement, où la perte de l'un est le profit de l'autre
(Montaigne), on pense naturellement que c'est la force qui domine les
rapports sociaux. On a même de la peine à concevoir la production. Le
producteur n'intéresse le prédateur que comme gibier, de
l'existence duquel il est d'ailleurs dépendant, pas comme exemple à
suivre. Par ailleurs s'il ne pouvait dénoncer la capacité productive
comme « pouvoir de l'argent » (comme si ce pouvoir ne provenait pas de
la capacité rationnelle de l'homme, comme si l'argent avait une autonomie de
décision) quel prétexte d'ingérence aurait-il pour ses ambitions ?
La perversion des mots et des valeurs
Les gens honnêtes, eux, ne raisonnent pas
spontanément en ces termes. Pour fausser leur raisonnement, les
idéologues du socialisme ont dû surprendre leur bonne foi. Pour ce faire le
procédé est millénaire : c'est la perversion du langage.
La plupart des gens se servent des mots sans connaître leur définition précise
- quand ils en ont une - et ceux qui comprennent la fonction des
concepts sont encore moins nombreux. Il est alors possible d'invoquer des
abstractions sans rapport avec la réalité, littéralement indéfinissables, des
sortes d'anti-concepts qui, au lieu d'économiser la pensée et de la
rendre plus claire, comme le font la plupart des concepts valides, la rendent
au contraire impossible en engendrant la confusion.
Ainsi les hommes de l'Etat, pour dépouiller les autres avec des airs
arrogants de vertu outragée, ont perverti la charité et la générosité en
altruisme collectiviste.
Leurs vols, ils les appellent « humanisme », « solidarité » ou « justice
sociale ».
Comme alibi et prétexte à leurs censures, ils ont perverti la liberté de
parler et le Droit d'enseigner dans un « pluralisme » qui décourage
la recherche du Vrai. Pour affaiblir la résistance morale de leurs
victimes, ils ont falsifié le respect du Droit, la compréhension et la
confiance dans la rationalité d'autrui dans les fausses valeurs de la «
tolérance » et de la « non-discrimination » qui disqualifient la recherche et
la promotion du Bien.
Ainsi l' « anti-concept » qui fait croire à la
fable du « Renard dans le poulailler » est-il un condensé de tous les
amalgames qui confondent l'exercice paisible de la liberté personnelle
avec les délits et les crimes qui se produisent dans l'arène politique :
c'est la notion de « pouvoir économique ».
L'abolition du Droit
Il s'agit de mélanger dans les esprits la
politique et l'économie, pour les mélanger ensuite dans les faits ; de
brouiller la différence entre une offre de services et une menace de mort ; de
faire confondre la capacité productive de l'esprit humain avec la force
brutale.
Le but de cette manoeuvre est l'abolition du Droit, c'est à dire le
communisme.
En effet, quand quelqu'un cherche à vous désapprendre à distinguer
entre une feuille de paie et le canon d'un fusil (l' « esclavage du salariat »
!!!), c'est rarement avec une feuille de paie qu'il envisage de vous soumettre
un jour à son pouvoir.
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