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La
retraite selon Jospin : mais puisqu'on vous dit que tout va bien
!

Le Radeau de
la Méduse par Géricault : Tout allait déjà très bien…
Depuis 10 ans, en France, chacun
sait, ou plutôt chacun a les moyens de savoir, que le problème
des retraites est d’abord le problème numéro 1 de la
sécurité sociale. Chacun sait, ou plutôt chacun a les moyens
de savoir, que le budget d’ensemble de celle-ci, faisant l’objet
de lois de financement dont le principe a été inventé par la
réforme constitutionnelle de février 1996, est supérieur d’environ
33 % au montant du budget de l’État.
Chacun a donc compris, ou plutôt
chacun a eu les moyens de comprendre, que l’État ne pourra
plus faire semblant de garantir les prestations sociales.
Comment un État,
- A- dont le périmètre
financier est de 264 milliards d’euros (1),
- B- dont le déficit
chronique, est supérieur à 30 milliards d’euros, soit 12
à 15 % de ce budget (2)
- C- pourrait-il garantir
un système versant plus de 300 milliards d’euros de
prestations annuelles ?
Cet absurde problème de robinets
n’a, évidemment, pas de solution durable. Chacun le sait,
particulièrement dans les jeunes générations qui épargnent,
comme elles le peuvent, en prévision de leurs vieux jours.
Mais M. Jospin, lui, connaît une
solution. Comme l’annonce de la mort de Dieu dans
Zarathoustra, il en laisse l’affirmation obreptice aux
forcenés. La seule démarche bienséante et rassurante est de
la murmurer. À l’école de François Mitterrand, Lionel
Jospin a été l’élève de cet art de gouverner, de cet art
de vivre, et de bien vivre, de bonnes nouvelles, aux frais du
souverain captif.
Le 25 mars, sur France 2, M.
Jospin a en effet de nouveau défendu la retraite par
répartition. Il s’est déclaré hostile aux "fonds de
pensions individuels" préconisés par M. Chirac. M.
Jospin soutient la thèse ridicule que de tels fonds "réintroduisent
de l’inégalité entre les cotisants et les futurs
retraités".
Refusant même d’évoquer l’épargne
salariale par capitalisation seule susceptible de compléter
efficacement les retraites, M. Jospin a prétendu que son "objectif
central" serait "de maintenir le niveau des
pensions". M. Jospin refuse d’appeler la contrepartie
de cette sauvegarde du nom de "sacrifices" (3).
M. Jospin préfère parler "d’efforts" (4)
:
"soit sur le montant
des cotisations, soit sur la durée de cotisation mais tout en
gardant cet acquis fondamental […] à savoir la retraite à 60
ans".
Sur ce dernier point, on
remarque qu’il s’écarte, à usage intérieur français des
vœux (5) du Conseil européen de Barcelone
le 16 mars où il représentait la France conjointement avec M.
Chirac et où il a cosigné un texte reconnaissant que : "il
faudrait chercher d’ici à 2010 à augmenter progressivement d’environ
5 ans l’âge moyen effectif auquel cesse, dans l’Union
européenne, l’activité professionnelle".
Comment prendre au sérieux un
tel État qui se désavoue impunément de la sorte à moins de
10 jours d’intervalle ?
Est-ce donc un tel État qui va
garantir dans 10 ans ou dans 20 ans les retraites des cotisants
actuels ?
L’effort que Jospin appelle se
ferait donc, à l’évidence, sur les cotisations.
La solution du programme de M. Jospin ?
C’est, bel et bien, d’augmenter
les impôts, - certains impôts, - et d’alourdir le taux des
cotisations, - certaines cotisations, celles de l’épargne en
particulier.
Ne croyons pas à une galéjade.
Quand on dit, ici, "le programme de M. Jospin",
on doit penser à tous les énarques très sérieux qui
alimentent ce programme. Ce sont les mêmes qui, j’en suis
sûr, irriguent aussi le cerveau si satisfait de M. Juppé,
lequel ferait un parfait Premier ministre de cohabitation si, d’aventure,
en juin, les législatives donnaient une majorité à l’actuelle
opposition, contredisant les résultats du scrutin présidentiel
de mai.
Bien tranquillement d’ailleurs,
le quotidien de la pensée unique, Le Monde, prépare le lit de
ces solutions fiscalistes, tout en souhaitant bien sûr que le
Premier ministre en juin soit "par exemple" la
délicieuse Martine Aubry.
Sans aller donc, pour conclure, jusqu’à recommander Le Monde,
je suggère à ceux qui me lisent de se procurer Alternatives
Économiques numéro 201 de mars 2002.
Cette livraison prétend
répondre à la question : "la France est-elle encore
dans la course ?" Rappelons que le mensuel
"Alternatives Économiques" est le SEUL journal
économique recommandé à pratiquement TOUS les lycéens
français que l’on frotte d’études économiques en classes
de Première et de Terminale. Ceux d’entre eux qui se
préoccuperaient de la compétitivité de leur pays reçoivent
immédiatement la réponse chiffrée : Tout va bien. Seuls les
grincheux s’inquiètent de la perte de compétitivité.
Pourquoi, par conséquent, la France ne continuerait-elle pas de
développer l’assistanat, puisque tout va bien, la taxation du
capital, puisque tout va bien, le fiscalisme, la redistribution,
puisque tout va bien.
N’est-ce pas tout ce qui fait
le charme discret du programme jospinien ?
N’est-ce pas ce qui attire en
France tant de beaux enfants baignés de soleil, venus du monde
entier ?
N’est-ce pas ce qui chante
chaque jour la plus grande gloire de la patrie des Droits de l’Homme,
tels ces séraphins aux six ailes chantant, dans les Cieux, la
plus grande gloire de l’Éternel ?
Yves Saint Lot
(1) Chiffres de
l’année 2001.
(2) C’est ce que représentent 2,5 % du
produit intérieur brut.
(3) Les "sacrifices" sont supposés
devoir être endurés par les "travailleurs".
(4) Les "efforts" seront demandés
aux "possédants".
(5) Ce ne sont actuellement et véritablement
que des vœux et pas encore des "décisions".
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