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La
sécurité sociale est bien un problème français majeur

Un budget de
prélèvements de 327 milliards d’euros
L’Assemblée Nationale élue si
triomphalement en juin attaquait ce 28 octobre la discussion du
projet de Loi de financement de la sécurité sociale pour l’année
2003. Ce devrait être l’occasion ou (et ce pourrait être
aussi) d’un vrai débat ne se résumant pas à l’hypothèse
que les 400 députés de droite et du centre votent pour et que
les diverses nuances de la gauche plurielle votent contre.
Rappelons en effet qu’il s’agit
de distribuer entre 3 branches de la prévoyance sociale un budget
de prélèvements de 327 milliards d’euros en hausse de 3,9 %
par rapport aux prélèvements de l’année 2002 (1).
Les chiffres ont été diffusés officiellement le 15 octobre et
il est curieux que les journaux n’aient guère insisté sur leur
montant global.
On s’attache essentiellement au
solde de cette énorme masse gélatineuse, ce qu’on appelle le
trou. Cette année encore ce qui attire l’attention c’est tout
particulièrement le déficit de l’assurance maladie que l’on
espère contenir à hauteur de 7 milliards d’euros, valeur tout
à fait nominale puisqu’elle résultera de manipulations
comptables de plus en plus opaques.
De ce point de vue, depuis et
malgré le premier rapport consacré au sujet par la Cour des
Comptes, (2) non seulement la clarification
demandée par la magistrature financière de l’État n’est
jamais intervenue, mais, bien plus, encore la complexité de la
tuyauterie financière de cette usine à gaz qu’est la
sécurité sociale n’a jamais cessé de se développer. Voilà
un progrès qu’on ne saurait entraver.
Les grandes nouveautés de l’année
ont été connues dès septembre, bien avant le dépôt du projet
n° 250 enregistré le 9 octobre à la présidence de l’assemblée.
On a fait communiquer le ministre
Mattei sur ces propositions pointillistes et nos lecteurs savent
ce qu’il faut en penser. Non la politique du médicament
générique, non le déremboursement de quelques centaines de bons
vieux remèdes traditionnels, non la taxation des cigarettes à
hauteur de 15 % ou 20 % supplémentaires ne sauveront pas la
sécurité sociale. (3)
Le gouvernement, lui, légifère
dans l’urgence. Il laissera 4 jours aux députés pour discuter
les 73 pages du projet et les 250 amendements. On ignorait au
départ si le vote final après l’étape du Sénat et la
Commission mixte paritaire interviendrait le 5 ou le 6 novembre ;
mais on connaissait déjà la réponse !
Et ce serait : oui.
En cette circonstance, le mariage
sera décidé pour un an encore avec le système du lamentable
plan Juppé de 1995, suivi des ordonnances signées Barrot en
1996, et de la première loi de financement votée pour 1997, 5
fois reconduite, rafistolée et rapiécée par les socialistes.
Ce vieux système rongé aux mites ayant à terme l’âge de
raison est déjà gâteux, victime de la maladie d’Alzheimer des
systèmes planificateurs. Depuis son apparition l’objectif
national des dépenses d’assurance maladie a toujours été
dépassé et il l’a été de plus en plus.
On fixe donc sa dérive pour 2003
à hauteur de 5 %. Mais ne nous leurrons pas, les dépenses de la
branche vieillesse qui étaient de 136 milliards d’euros pour
2002 demeurent plus préoccupantes. Celles de l’assurance
maladie qui s’élèvent à 129 milliards d’euros mais elles
sont essentiellement couvertes par les cotisations des actifs.
En effet, les recettes de l’ensemble
du système sont financées de plus en plus par l’impôt et la
parafiscalité. Sur 327 milliards d’euros prévus en 2003, les
cotisations effectives des assurés sociaux et des employeurs ne s’élèvent
qu’à 184 milliards mais on remarquera que les cotisations
fictives et contributions publiques, c’est-à-dire là aussi le
budget de l’État, représentent par ailleurs 44 milliards.
En tout, le fiscalisme intervient
au service de la sécurité sociale pour 143 milliards d’euros c’est-à-dire
10 % du produit intérieur brut de 2002, environ 4 fois le
déficit de l’État, se rappelle un dernier chiffre celui de l’année
2002 : le budget l’État était de 266 milliards d’euros soit
1 746 milliards de francs. Celui de la Loi de financement était
de 315 milliards d’euros soit 2 070 milliards de francs.
La sécurité sociale est donc bien
le problème majeur de la France.
(1)
Prévus aux alentours de 315 milliards.
(2)
C’était en 1952, on pourrait et on devrait en fêter le
cinquantenaire.
(3)
Tout au plus en mettant le tabac à un tarif élevé on
encouragera la contrebande qui a déjà commencé sur une base
artisanale à se développer sur une base industrielle. Les
professionnels de la fraude se substitueront aux amateurs. D’autres
effets marginaux prendront leur essor, consommation du cannabis,
ou même alcoolisme de substitution, ou enfin effet de
démonstration chez les jeunes : fumer étant pour eux de plus en
plus cher deviendra de plus en plus chic. Les effets bénéfiques
à long terme sur les comptes des caisses de retraites seront
évidemment très lents car si l’alcool tue lentement, le tabac
tue encore plus lentement. Mais comme disait Alphonse Allais
"on s’en fout, on n’est pas pressé"
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