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La semaine de
60 heures en Autriche
Au moment où les Français envisagent un léger
assouplissement des 35 heures (mais pas leur suppression), on apprend que
les Autrichiens, après bien d'autres pays, venaient de se mettre d'accord
pour un assouplissement radical de la durée maximale du travail.
Tout d'abord, il faut savoir qu'en Autriche, la durée légale du travail est
de 40 heures, soit 8 heures par jour pendant 5 jours. On voit déjà l'écart
avec nos 35 heures.
Mais cela n'a pas paru assez ouvert aux
Autrichiens et, après des années de concertation, les partenaires sociaux
viennent de se mettre d'accord pour une durée maximale de travail de 60
heures (donc en dérogation avec la règle européenne, qui est de 48 heures).
Cette durée de 60 heures a été approuvée bien sûr par le patronat, qui se
réjouit de cette flexibilité accrue, mais aussi par la fédération des
syndicats autrichiens (ÖGB) (qui, soit dit en passant, regroupe 1,4 millions
de salariés pour une population de 8,5 millions d'habitants).
Le Parlement va donc à son tour couronner cet accord par une loi qui sera
votée à l'automne pour une application en 2008.
Bien entendu, l'accord prévoit des limites.
C'est ainsi que les 60 heures hebdomadaires pourront être appliquées pendant
24 semaines par an, à condition d'intercaler des plages de quinze jours sans
heures supplémentaires toutes les huit semaines.
D'autres assouplissements ont aussi été prévus. C'est ainsi que ceux qui le
veulent pourront faire leurs 40 heures en quatre jours seulement, avec des
journées de dix heures.
Le point essentiel est le suivant, comme le
souligne notre confrère Le Figaro, qui rapporte cette information : «
extrêmement souple, l'accord de flexisécurité, selon les termes du
gouvernement, doit permettre à chaque entreprise de développer son propre
modèle, en consultation avec ses employés, sans recourir à des conventions
collectives ».
Autrement dit, à l'intérieur de l'accord cadre signé, donc de la limite de
60 heures, chaque entreprise, en accord avec ses salariés, pourra faire
comme elle le voudra ; c'est donc la flexibilité maximale, au cas par cas.
On remarquera que cet accord a été accepté,
certes après une discussion longue et serrée, sans problème par les
syndicats autrichiens, à l'évidence plus ouverts que les syndicats français.
Il est vrai qu'en cinquante ans, l'Autriche n'aura connu que deux grèves
importantes : ce n'est pas tout à fait le même climat qu'en France et les
syndicats autrichiens ne ressemblent pas vraiment à la CGT !
L'économie autrichienne ne se porte pas mal
de cette modération syndicale et de cette volonté générale de réformes et de
flexibilité, puisque le taux de croissance est de 3% cette année et surtout
que le taux de chômage n'est que de 4,4% : pratiquement la moitié du taux
français. Et il devrait encore baisser grâce à ce nouvel accord de
flexibilité.
Rappelons qu'en France, on peut certes aller
au-delà des 35 heures, mais que le quota autorisé d'heures complémentaires
est strictement limité (220 heures par an après les assouplissements FILLON
de 2005, soit en moyenne 4 heures de plus par semaine), et l'on ne peut pas
dépasser 44 heures par semaine en moyenne sur trois mois et
exceptionnellement 48 heures sur une seule semaine. N'oublions pas aussi que
la France voulait interdire à ses partenaires européens de dépasser les 48
heures maximales (ce qui est rendu possible par la règle de « l'opt out »,
qui permet des dérogations).
La France n'a pas été suivie sur ce point et le nouvel accord autrichien
vient donner le coup de grâce à la position française.
On imagine mal un gouvernement qui vient, après accord des partenaires
sociaux, de choisir les 60 heures maximales accepter un ukase français les
obligeant à retomber à 48 heures !
Décidément, la France a encore beaucoup à apprendre de ses partenaires
européens
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