Le prétendu "Service public"

Résumé d’un chapitre du livre de François Lefort,  "La France et ses entrepreneurs"

La théorie économique dominante prétendant le marché naturellement défaillant,  les hommes de l'Etat affirment que leur intervention peut et doit pallier cette défaillance.  A leur intervention ils donnent diverses formes,  mais toutes procèdent d'une théorie centrale,  celle du "service public",  présenté comme la panacée,  l'antidote à la "carence naturelle" du marché.

De multiples versions institutionnelles en dérivent ;  elles ont presque toutes pour traits communs d'être astreintes à des "obligations" et en tous cas au moins protégées par des privilèges de monopole.  Leur effet principal est d'imposer à certaines organisations productives de satisfaire les désirs de leurs clients non pas tels qu'ils les expriment mais bien tels qu'eux,  les hommes de l'Etat,  les définissent à leur place et souvent pour convenance personnelle.

Première conséquence de ce concept,  deux catégories d'entrepreneurs s'affrontent en France,  ceux qui a l'abri des privilèges de monopoles s'approprient en réalité les organismes publics et en obtiennent des avantages particuliers,  quelquefois exorbitants,  et les autres qui exposés à tous les risques de la concurrence doivent réaliser les efforts nécessaires pour atteindre et conserver la compétitivité.

Les partisans du "service public" semblent se raccrocher à l'idée qu'il serait là pour assurer les services "fondamentaux" sur une base "égalitaire".
L'examen des services en cause ne permet guère,  cependant,  de les trouver le moins du monde plus "fondamentaux" que ceux qui n'ont pas été monopolisés de cette façon.  Pourquoi l'enseignement et pas la nourriture ?  Pourquoi la poste aux lettres plutôt que l'habillement ?  Pourquoi certains transports et pas d'autres ?  Pourquoi certains soins et pas tous ?

L'obligation de service public,  si elle donne lieu quelquefois à une définition réaliste de ce qu'elle impose,  ne peut pas en revanche être justifiée sur des critères identifiables.  Elle repose sur le postulat suivant lequel,  les entrepreneurs privés étant incapables d'assurer un service de la "meilleure" façon,  sa définition devrait être imposée par une autorité publique présumée mieux informée que les gens véritablement concernés quant aux besoins et aux moyens de les satisfaire.

Pour ceux qui font la loi, dès qu'un service leur apparaît "nécessaire",  ils s'imaginent devoir l'assurer eux-mêmes,  étant capables de le garantir mieux que quiconque.  Aussi laissent-ils proliférer les obligations de service public sans aucun contrôle de leur nécessité ni de leur efficacité.  Et ils ne les remettent jamais en cause,  quand bien même plus personne ne comprendrait à quoi elles peuvent servir,  chose qu'ils ne se préoccupent d'ailleurs jamais de vérifier.  Au demeurant,  qui s'en aperçoit ?

L'"obligation de service public" implique nécessairement l'idée que,  par définition et par nature,  le choix d'acheter et de définir certains services "doit" être confisqué à leurs clients  (par ce fait même réduits au statut inférieur d'"usagers")  au profit des hommes de l'Etat. 

Aussi ces derniers interdisent-ils aux entrepreneurs honnêtes,  c'est‑à‑dire privés et concurrentiels,  de fournir librement ces services conformément aux voeux de leurs utilisateurs,  qu'ils privent le plus souvent du Droit de ne pas payer ce dont ils ne veulent pas. 

Tout cela repose donc sur ce présupposé absurde que ni les entrepreneurs,  spécialistes de la production,  ni leurs clients,  directement concernés,  ne seraient capables d'identifier les "besoins" de ces mêmes clients,  mais que des fonctionnaires et des politiciens y parviendraient seuls par la vertu naturelle de leur pouvoir de contrainte.

Naturellement,  la seule chose qui puisse entretenir les hommes de l'Etat dans cette illusion est l'impunité dont jouit par définition la violence étatique. Ce sentiment grisant d'avoir toujours raison,  et qui les entretient dans cette invraisemblable arrogance que nous leur connaissons,  leur vient de la situation proprement irresponsable dans laquelle ils se trouvent face à leurs sujets.  C'est l'alpha et l'oméga du sentiment extravagant de supériorité intellectuelle qui habite les hommes de l'Etat à l'abri de leur immunité institutionnelle.

Car,  bien entendu,  il n'y a actuellement pas d'exemple que la production d'un bien ou d'un service quelconque,  dès lors qu'il est demandé,  qui ne puisse être assurée par une entreprise privée sur un marché libre.

On pourra invoquer la "protection du consommateur" contre la mauvaise qualité,  ou la sécurité insuffisante,  mais ce sont là des illusions.

Par exemple,  quel transporteur aérien,  routier ou ferroviaire privé,  exposé à la concurrence,  pourrait se permettre de renoncer à la sécurité,  et se dispenser de chercher le meilleur service au moindre coût ?  C'est au contraire lorsqu'une organisation productive est maintenue sans que le public puisse la sanctionner par son refus de payer...  ce qui est la nature du "service public",  que le consommateur est en danger.  Qu'on demande ce qu'ils en pensent aux "usagers" du Centre National de Transfusion Sanguine.

Naturellement,  une fois que le "service public" a confisqué au consommateur son pouvoir au profit des hommes de l'Etat,  ce nouvel enjeu servira à satisfaire des intérêts personnels.
L'argent "public",  rappelons-le,  finit toujours dans des poches privées.

Que peut bien vouloir dire  l'obligation de "continuité" ?

La théorie officielle du "service public" prétend justifier sa création par la nécessité d'assurer en permanence et en tout lieu la "continuité" d'un service et ceci pour tous ses usagers actuels et virtuels.

Or,  on ne sait pas très bien à quoi peut rimer cet argumentation.  Si la "continuité" est possible,  on ne voit pas pourquoi elle ne serait pas assurée de façon privée.

Aucun producteur privé d'électricité ne pourrait échapper aux contraintes de production et de distribution auxquelles se plie EDF.  Est‑ce vraiment l'"obligation de service public" ou bien plutôt la nature des choses,  qui veut que ces services soient fournis en permanence ?  Ne serait‑ce pas plutôt la nature de l'électricité qui interdit à son producteur et à son consommateur de la stocker ?

Dans des secteurs aussi essentiels que la nourriture,  la sécurité,  les soins,  les achats de biens coûteux et rares,  ce sont les interdictions imposées par le "droit" du travail qui empêchent de répondre à la demande de "continuité" du service par celui qui en éprouve le besoin.

Cet ajustement précis et contraignant aux exigences de la clientèle que réalise l'ordre marchand,  aucun service de l'Etat n'est en revanche capable de l'assurer réellement,  qu'il s'agisse même de la défense,  de la sécurité,  de la justice,  de la poste,  de l'éducation.

Par ailleurs,  les syndicats des "services publics",  protégés de la concurrence par le monopole et de la faillite par le financement public,  y ont acquis un pouvoir tel qu'il n'est même plus possible de maintenir réellement cette obligation dans les textes.
Cependant,  la dégradation du mythe de la "continuité" est bien plus avancée encore,  puisque l'on dénonce aujourd'hui comme "réactionnaire" le principe du "service minimum".
Aujourd'hui,  la "continuité" du "service public" a perdu tellement de sens que,  comme sa définition,  elle semble ne plus désigner que l'institution elle-même.

La raison d'être du "service public" est d'instituer la discrimination entre deux castes de citoyens

Le "service public" a donc pour seule raison d'être la redistribution politique,  dont le principe inavoué est que l'humanité se sépare en deux castes :  la caste supérieure  (dont ils font eux-mêmes partie,  mais dont on serait bien naïf de croire que les pauvres y sont inclus)  qui a le droit de vivre par la violence sur le dos des autres et la caste inférieure,  qui n'a que le droit de se laisser dépouiller par l'autre.

Le service public au service de l'"intérêt général"?
Le dernier recours des hommes de l'Etat pour imposer leur pouvoir aux autres est de se prétendre les seuls à pouvoir réaliser l'"intérêt général".
Pourtant  s'il est un fait général,  et même universel et immuable,  c'est que par nature,  seuls des êtres vivants peuvent avoir un intérêt.  En conséquence,  l'intérêt est toujours et partout individuel,  et en matière humaine,  personnel.
Il n'y a donc pas d'"intérêt général".
Un autre fait général,  qu'on ne répétera jamais assez,  est que l'action de l'Etat est par définition violente,  et par ce fait même prend aux uns pour donner aux autres.

Mais qu'est-ce au juste qu'un "service public" ?
En somme,  un service devrait être "public" parce qu'il est  (déjà!)  un "service public".
"Est" un "service public", ce dont les hommes de l'Etat ont décidé de faire un "service public".

La définition institutionnelle du "service public" est la suivante :  le "service public" est une organisation monopolistique contrôlée par les hommes de l'Etat,  à laquelle ils garantissent statutairement tout ou partie de son financement indépendamment de la satisfaction de ceux qui utilisent ses services ainsi que du consentement de ceux qui les paient.  Cette dispense se traduit par des privilèges  (des exceptions au droit commun)  défendus par la force publique,  des monopoles d'activité,  le financement par l'impôt plutôt que par la vente libre de ses produits,  la garantie d'emploi accordé aux agents,  l'accès privilégié au domaine public,  etc.

Que l'on puisse accepter que les hommes de l'Etat,  dans tous les domaines,  puissent choisir de confisquer aux autres leur liberté de choix sans la moindre limite est assurément très grave.

Mais qui se rend compte,  lorsque les "banlieues" sont en flammes,  que les brandons sont tenus par des gens habitués à tout attendre de la politique,  et que le multiplication des "services publics" ne fait que les décourager de vivre par eux-mêmes ?

Qui voit que la plupart des lignes TGV n'auraient aucune rentabilité si les réglementations de l'aviation civile ne doublaient le prix du billet d'avion par rapport à ce que l'expérience américaine prouve réalisable ?

L'expression "service public" est un instrument de combat idéologique typiquement communiste.

La langue de bois est un discours dont on use délibérément pour neutraliser l'esprit critique,  et qui conduit à chercher dans la réalité ce qui ne peut pas s'y trouver.
L'expression "service public" appartient clairement à la langue de bois.
 

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