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L'hyper taxation du tabac, politiquement si correcte, et quelques-uns de ses effets funestes
Dans son discours sur l'Europe du
28 mai, soigneusement préparé, nous dit-on, M. Jospin a
laissé beaucoup de questions dans le flou. Des slogans, certes
dangereux, comme celui de l'harmonisation fiscale ou du modèle
social, se heurteront de toutes manières à de solides
résistances. Mais au moins, un projet a conquis le cœur du
Premier ministre français : l'Europe des polices.
Selon une conception socialiste
de plus en plus répandue, la mission principale assignée aux
polices européennes ne serait pas d'ailleurs la lutte contre le
Crime, au sens ordinaire du mot. Ce ne serait pas la protection
des personnes et des biens. Ce serait prioritairement la
répression de la délinquance financière et du blanchiment
d'argent.
Sans peut-être s'en rendre
compte, M. Jospin nage de la sorte dans une réalité alimentée
précisément par le fiscalisme dans l'Union européenne. Ainsi
en est-il d'un trafic, autrefois considéré comme anodin, mais
qui s'est développé au gré d'une parafiscalité strictement
délirante, frappant les cigarettes.
En gros, depuis 20 ans, le prix
fiscal du tabac s'est multiplié par 5. Et mathématiquement, il
s'en est suivi une croissance exponentielle du trafic de l'ordre
d'une multiplication de 1 à 15. Non moins mathématiquement,
des sociétés mafieuses se sont spécialisées dans cette
branche devenue financièrement brillante. Entre la France et
l'Espagne la très ancienne contrebande basque a renouvelé ses
antiques traditions. Entre l'Italie et les Balkans, c'est une
vieille société secrète des Pouilles, la Sacra Corona Unita
qui tient le haut du pavé.
Le 28 mai dans la région de
Brindisi, les carabiniers ont pu ainsi mettre la main sur l'un
des grands patrons de ces réseaux, le citoyen Vito Di Emidio,
âgé de 34 ans, considéré comme l'un des 30 bandits les plus
dangereux recherchés dans toute la Péninsule et qui contrôle
depuis 1995 la contrebande des cigarettes.
Ce trafic a pour particularité
de permettre à la Sacra Corona de quadriller le littoral
d'accueil des cigarettes en provenance du Monténégro. Les
policiers italiens affirment d'une part que le gouvernement
autonomiste du Monténégro de M. Djukanovic serait étroitement
lié à ce trafic. Nous n'en croyons rien mais le soupçon
explique peut-être que les autorités occidentales soient
devenues très circonspectes désormais vis-à-vis des vaillants
défenseurs de la démocratie au Monténégro en dépit du
dernier scrutin. Un journal aussi politiquement correct que la
Repubblica (11 janvier 2001) accorde la plus grande publicité
aux accusations du Ministre italien des Finances, M. Del Turco
contre Milo Djukanovic. Quelque temps auparavant (5 novembre
2000), d'autre part, la Commission européenne dénonçait
devant le Tribunal fédéral de New York la collusion étroite
entre ces réseaux de trafic et deux géants du tabac, Philip
Morris et Reynolds.
Il est vrai qu'on est en
présence de chiffres devenus impressionnants. Pour les années
1998-1999, l'Europe des 15 estimait la fraude fiscale sur les
cigarettes à environ 10,3 milliards d'euros (= 67 milliards de
francs français) dont 2,6 milliards d'euros (= 17 milliards de
francs français) soustraits de la sorte au Budget communautaire
européen.
En mars 2001, la législation
italienne a conféré au trafic des cigarettes ses lettres de
noblesse puisqu'il est désormais considéré comme un délit de
type mafieux. La détention de stocks illicites sera désormais
punie par le Code pénal italien proportionnellement au poids de
tabac, allant jusqu'à 5 ans de prison pour les détenteurs, 8
ans pour les organisateurs.
La logistique territoriale
acquise par grâce à la contrebande de cigarettes permet
également à la Sacra Corona Unita des Pouilles de coopérer
avec les clans albanais organisateurs de l'immigration
clandestine en Europe de provenances albanaise, bosniaque,
kossovare, kurde, turque, pakistanaise, via l'Italie. Du beau
travail.
Il apparaît donc, une fois de
plus, que la fiscalité galopante produit les mêmes effets que
la prohibition. Elle fonde le monopole criminel du produit
(alcool, drogue, tabac). Ce monopole passe progressivement sous
le contrôle des groupes les plus dangereux qui se répartissent
le marché. Les profits et la puissance ainsi accumulés
permettent une diversification vers d'autres secteurs.
Cela ne va pas sans violence au
départ. L'année 1999, fut ainsi particulièrement sanglante
dans la région de Brindisi. Et ceci entraîne une répression
systématique de la Sacra Corona Unita par les policiers
spécialisés du ROS : 12 arrestations en décembre 2000, 76 en
mars 2001, etc.
Les fonds accumulés permettent
aussi la corruption de certains fonctionnaires, magistrats,
politiciens.
Outre le gouvernement
monténégrin clairement accusé par l'Italie, outre les
politiciens albanais considérés comme très louches, on a
arrêté, dans la très honnête Suisse, en août 2000, le
président du Tribunal correctionnel de Lugano pour complicité
avec les trafiquants.
Les autorités françaises qui
aiment tant faire la morale et trouvent si normales leurs taxes
sur les cigarettes feraient donc bien de réfléchir aux
conséquences inéluctables de leur taxation politiquement si
correcte et pavée de si bonnes intentions.
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