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Pourquoi
les trains belges déraillent
Le 27 mars à 8 h 45, à Pécrot,
au sud-est de Bruxelles, une collision entre deux trains de
voyageurs, a fait au moins huit morts et neuf blessés. Afin de
rassurer le public, la SNCB, Société nationale des chemins de
fer belges déclarait immédiatement que cet horrible accident
était vraisemblablement dû à une erreur humaine. Le
conducteur n'a pas respecté un feu rouge et a percuté un autre
convoi. Dans son dossier Le Soir de Bruxelles (28 mars)
rappelait les drames récents survenus dans les transports en
commun du Royaume : sans faire totalement sienne la thèse de
" la défaillance humaine, cause habituelle ", le
grand quotidien belge examine deux affaires analogues, et
notamment un accident moins dramatique (21 blessés la plupart
légers) survenu à Liège. Au mois d'août dernier, le
conducteur d'un omnibus qui entamait sa descente vers la gare de
Liège-Guillemins négligea, pour on ne sait quelle raison, le
feu rouge planté sur le ballast... En apparence il ne s'agit
que d'une défaillance humaine, et pourtant on peut encore
s'interroger. Car la Société nationale des chemins de fer
belges planche actuellement sur un système perfectionné qui
permettrait de détecter et d'éviter les erreurs humaines, mais
ce système ne sera d'application que sur les lignes les plus
fréquentées.
Non seulement ce n'était pas le
cas à Pécrot, mais cette ligne n° 139 Louvain-Ottignies, par
endroits réduite à une voie, est un parent pauvre du système
belge public de chemin de fer.
Comment : vous venez de dire
"public" ? Un accident, et "des parents
pauvres", dans un chemin de fer "public" ! Voilà
qui change tout. Ne parlons plus de ce regrettable accident.
N'en parlons que superficiellement, pour laisser entendre que
"cela n'arrive pas en France", où nous avons "le
meilleur système du monde", et où nous sommes si peu
chauvins, si peu arrogants, surtout vis-à-vis des Belges qui
ont le malheur d'être francophones. Et il est de fait que les
médiats français lui accorderont beaucoup moins d'importance
qu'à un accident de chemin de fer survenu en Angleterre, où
les chemins de fer ont été privatisés, ce qui est la cause
immédiate des accidents de chemin de fer. S'agissant d'un
chemin de fer privatisé anglais, il n'y a aucun mystère.
Margaret Thatcher a quitté le 10 Downing street depuis plus de
10 ans, mais elle continue de faire dérailler les trains. On ne
s'interrogera même pas sur la vétusté du système laissé en
place par les British Railways publics en déconfiture.
L'héritage véreux laissé par le prédécesseur ne saurait
être légitimement invoqué que par des socialistes héritant
de la droite et des très méchants ultra libéraux. Il est vrai
que le socialisme laisse en général derrière lui si peu
d'héritage sinon ses dettes, sa lèpre, sa misère et ses
galères.
Si l'explication des accidents
britanniques est lumineuse, celle des accidents belges demeure
mystérieuse. Ce n'est quand même pas en vain que la Belgique
est la patrie d'Hercule Poirot. Le Soir de Bruxelles va même
jusqu'à parler, plus d'un quart de siècle après les faits du
"mystère de Luttre" survenu le 15 août 1974. Ce
jour-là, 13 voyageurs furent tués sur place, 5 autres
décéderont à l'hôpital, et 69 personnes ont été blessées
à des degrés divers. Le jeune conducteur du train, âgé de 23
ans, travaillant sur la ligne depuis 18 mois est d'emblée mis
hors cause. Très précisément, les experts désignés par le
parquet de Charleroi vont déposer un rapport accablant pour la
SNCB. Car l'état de la voie ne garantissait plus depuis
plusieurs mois, selon eux, la sécurité des convois circulant
à 120 km/h à cet endroit. Cet avis fut corroboré par un
rapport du chef de gare de Luttre qui, 8 mois plus tôt, avait
dénoncé les mêmes défaillances et prédit une prochaine
catastrophe à défaut de mesures urgentes. 6 agents de la SNCB,
des cadres investis de hautes responsabilités, seront ainsi
inculpés. Ceci n'empêchera pas la société nationale des
chemins de fer belges de leur maintenir sa confiance et même de
faire bénéficier 2 d'entre eux d'une promotion avant la fin de
l'enquête.
Faut-il dans ces conditions
parler, 27 ans plus tard, de "mystère" ? Nous en
voudrait-on si nous osions suggérer que, peut-être, un
système bureaucratique d'État, dans n'importe quel pays
provoque plus de nuisances qu'un système privé géré selon
des règles de responsabilité personnelle ?
Eh bien nous osons. J'ose. Mais
je serais bon prince et je suggérerais aussi à nos amis belges
de considérer l'exemple des chemins de fer français. Ils ne
déraillaient pas en ce 29 mars. Ils rouillaient. Ils étaient
en grève, une fois de plus. C'est beaucoup plus sûr. On ne
dira jamais assez combien les accidents d'avions, de chemin de
fer, d'automobiles, tous ces naufrages sont une fonction directe
de la circulation de tous ces véhicules, aéronefs, bateaux,
wagons, et que le nombre d'accidentés se réduit dès lors que
diminue celui des voyageurs. Sur ce point, la SNCF donne
l'exemple. Cocorico.
André Savès
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