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L'usine à gaz de GDF
GDF et l'ensemble de la communauté politique,
syndicale et financière française ont construit une
usine à gaz monumentale pour camoufler une dette d'une douzaine de
milliards d'euros. En effet, les charges de retraite
de GDF vis à vis de ses salariés (retenues dans les comptes certifiés) se
montent à 2,571 milliards d'euros
seulement (note 21 page 39 ligne Total) alors qu'elles devraient être
de 14,824 milliards d'euros comme le
révèle le
rapport annuel (comptes consolidés) :
Sur la base de ces obligations [précisant les modalités du montage
financier], les engagements [de retraite] au 31 décembre 2004 en
l’absence de réforme auraient été de 14 824 millions d’euros (page
42 paragraphe 3).
12,253 milliards d'euros de dettes
ont donc disparu du patrimoine de GDF grâce à la loi du… 9 août 2004 (!). En
fait, elles ont été reprises par ce que les Français appellent des
organismes sociaux : des caisses de retraite, par l'intermédiaire de
montages financiers complexes difficilement compréhensibles (c'est de la
comptabilité publique française !).
Les charges de retraite des salariés d'une
entreprise s'analysent comme des dettes venant en diminution de ses
capitaux propres, qui sont affichés à 10,377 milliards d'euros pour
GDF, mais avec 12,253 milliards d'euros de charges de retraites, ils
devraient en réalité être négatifs à hauteur de 1,876
milliards d'euros. Avec des dettes à long terme de 4,793
milliards d'euros, la situation nette de GDF devrait donc être
négative de 6,669 milliards.
GDF est censé rembourser en 20 ans cette dette
aux organismes sociaux mais
utilise (comme EADS) un artifice qui transforme cette
dette en… avance remboursable ! ce qui est inconcevable en
dehors des limites hexagonales… GDF aurait dû payer 12,253 milliards
d'euros aux organismes sociaux en leur transférant ces charges de
retraite. Comme ses capitaux propres étaient déjà insuffisants, GDF aurait dû
emprunter cette somme et payer les intérêts, ce qui n'aurait pas été possible
car son endettement est excessif et ses capitaux propres trop faibles. GDF
aurait alors dû être déclaré en faillite… frauduleuse car la situation
réelle a été savamment cachée aux investisseurs non avertis.
Ces comptes non conformes aux règles ont
pourtant été établis et contrôlés par les représentants de l'Etat qui sont
chargés par ailleurs de vérifier la régularité des comptes des sociétés ! Ils
sont certifiés par Ernst & Young et Mazars &
Guérard bien qu'ils ne donnent pas une image fidèle de la réalité de
l'entreprise en vue de tromper les investisseurs, ce qui est un délit.
Aux Etats-Unis, dans une situation comparable, Enron
a fait faillite ainsi qu'Andersen qui
certifiait ses comptes, ses dirigeants ont été condamnés à des peines de
prison et cette affaire a été largement traitée par les médias américains…
GDF était considéré comme un service public et
n'était donc pas obligé de publier des comptes selon les règles que doivent
respecter les sociétés. De ce fait, l'exercice 2003 pouvait légitimement ne
pas faire apparaître les charges de retraites au bilan.
Etant coté en bourse depuis juillet 2005, GDF
aurait dû présenter dans ses comptes 2004 ces charges de retraite, mais la loi
du 9 août 2004 est venue fort opportunément soustraire de son patrimoine cette
dette de 12 milliards d'euros (sur l'exercice 2004) qui n'a donc jamais figuré
à son bilan ! Les informations concernant ces charges de retraite se trouvent
en annexe des comptes consolidés afin de justifier les remboursements
(qui ne sont pas ceux d'un capital ni des charges financières !). La solution
retenue est fortement préjudiciable pour les salariés des entreprises
françaises qui doivent supporter des charges indues.
Ces 12 milliards d'euros de GDF sont de
l'argent non gagné (c'est à dire sans contrepartie réelle). Ils
contribuent au gonflement de la masse monétaire, ce qui explique la faiblesse
de la croissance du PIB et la persistance du chômage en France alors que ces
problèmes ont été correctement résolus aux Etats-Unis, d'où leur croissance et
leur réussite...
Jean-Pierre CHEVALLIER
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