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L’heure
de vérité commencera par la question des comptes publics

Débarrassé
du collectif SOS Femmes Battues, il serait désolant que le
nouveau gouvernement ne saisisse pas l’occasion de l’audit des
comptes publics pour en finir avec les mensonges du socialisme.
Maintenant que l’on connaît la
composition de la nouvelle Loya-Jirga, le nouveau gouvernement tel
qu’il sera recomposé incessamment, va pouvoir et devoir
retrousser ses manches, appuyé pour 5 ans par sa très
confortable majorité parlementaire.
Aucun obstacle sur la route de
Chirac Shah : qu’aboient les chiens socialistes et communistes (1)
sur le passage de la caravane ne l’empêchera pas d’avancer.
Avec 399 élus, donc 110 sièges de plus qu’il n’en faut pour
détenir la majorité absolue au parlement, le parti présidentiel
n’aura aucune excuse s’il ne parvient pas à imposer son
programme.
Alors il faudra bien observer l’échéance
de l’audit des comptes publics.
L’opération a commencé le 25
mai.
Elle a été confiée à deux
personnages du sérail MM. Bonnet et Nasse. Nous nous étonnions
déjà en 1997 qu’on puisse demander ainsi à M. Nasse d’être
de la sorte juge et partie. Au total, en comprenant leurs 6
adjoints, il y aura une équipe de 8 technocrates, jouant tous,
depuis des années, aux chaises musicales, entre la Direction de
la Prévision aux Ministère des Finances et le Secrétariat des
Comptes de la sécurité sociale.
Au moment où les marchés
financiers mondiaux remettent en cause les complaisances de l’audit
privé, il est remarquable que la France ne s’interroge pas sur
les silences et les mensonges du monopole de l’audit public.
Car, depuis près de 15 ans, tout
cet univers technocratique ment aux Français sur les comptes
déficits publics, sur les comptes sociaux et sur les énormes
ponctions fiscales et sociales opérées sur l’économie
productive. On avait même nommé au gouvernement en janvier 2000
en la personne de Mme Parly une spécialiste du mensonge sur les
prélèvements (2).
En février 2002, Fabius mentait
encore dans les réunions européennes sur les taux et les
perspectives du déficit français.
La vérité aujourd’hui c’est
que probablement ce taux de déficit est de l’ordre de 3% du
produit intérieur brut. Nous le soulignons et le prévoyons pour
l’année 2002 depuis des mois. C’est-à-dire, qu’au lieu d’aller
vers la convergence monétaire et l’équilibre budgétaire, la
France stagne depuis 10 ans à peu près au niveau où elle en
était à l’époque du gouvernement Bérégovoy.
La France est donc aujourd’hui
loin, très loin, des critères fixés par l’Europe, tout en
sachant que l’observation de ces critères serait d’abord dans
l’intérêt des Français.
Mais le gouvernement pourra-t-il
vraiment faire prévaloir une politique de diminution de la
dépense publique ?
N’oublions pas que les 400
députés de la droite ont été élus avec un taux d’abstention
sans précédent de 39% et le que le chef de l’État n’avait
recueilli sur son nom que 19% des suffrages exprimés du 21 avril.
D’autre part, on doit se souvenir que, même au second tour où
l’on a assisté à une bipolarisation presque parfaite,
observable dans plus de 560 circonscriptions, et où les candidats
du front national n’ont recueilli qu’à peine 400 000 voix, l’avance
de la droite sur la gauche n’aura été que 11 millions de voix
contre 9,4 millions.
Cela représente, pour le 2nd
tour dans 555 circonscriptions, 1,6 million, soit à peine 2
millions en incluant les circonscriptions dont le député a été
élu au 1er tour.
La véritable majorité
parlementaire dépend donc d’une composante beaucoup plus à
droite que ne veulent le faire croire les gens portés à
instrumentaliser la mobilisation républicaine en trompe l’œil
entre les deux tours du scrutin présidentiel.
Cette majorité doit beaucoup à la
virtualité, à l’apparence, d’une politique sécuritaire, sur
laquelle la plupart des Français sont désormais d’accord, et d’ailleurs
où l’Europe s’engage dans une voie qui devrait être durable.
Mais au-delà de cette apparence,
l'heure de vérité commencera par l’urgence d’une réforme
fiscale et sociale.
Il serait désastreux pour la
France que le gouvernement Raffarin (3)
recommence les erreurs commises par le gouvernement Juppé entre
1995 et 1997, augmentant les prélèvements obligatoires et
étatisant la sécurité sociale, croyant ainsi assainir les
comptes.
Il serait lamentable que le nouveau
pouvoir ne saisisse pas l’occasion de l'audit des comptes
publics pour rompre avec les erreurs et les mensonges du
socialisme et de l’étatisme, et pour développer en France de
larges espaces de liberté et de responsabilité.
Yves Saint-Lot
(1) La présence
d’un groupe communiste de 20 députés constituera plutôt une
écharde dans le pied de l’opposition.
(2) Aujourd’hui
Mme Parly a rejoint le collectif de SOS Femmes Battues avec
Mesdames Aubry, Lienemann et Voynet.
(3) Dans lequel
M. Lambert est ministre du Budget après avoir écrit un
remarquable rapport "En
finir avec les mensonges budgétaires"
LA
NÉCESSAIRE MATURATION DU DÉBAT BUDGÉTAIRE EN FRANCE
L'enquête que votre commission
des finances a menée au long des six derniers mois a d'ores
et déjà contribué à faire mûrir le débat sur les
finances publiques dans notre pays. La presse s'intéresse à
l'évolution de la situation mensuelle budgétaire. Le
gouvernement n'hésite plus à revoir régulièrement ses
prévisions et à tenir informée la représentation nationale
sur l'exécution budgétaire. Les commissions des finances des
deux assemblées sont maintenant destinataires chaque semaine
des situations hebdomadaires financières et budgétaires de
l'Etat, leur permettant de suivre de très près la situation
des recettes et des dépenses. Depuis la première loi de
finances rectificative pour 2000, à l'initiative de
l'Assemblée nationale, les commissions des finances, leurs
présidents, rapporteurs généraux et rapporteurs spéciaux
sont dotés de pouvoirs de contrôle plus étendus.
Depuis 1996, année des débuts de la publication de la
situation mensuelle, à aujourd'hui, le Parlement est passé
d'un état de quasi-ignorance sur les finances publiques à
une information qui commence à être consistante.
C'est une exigence démocratique. La France est la seule
grande démocratie industrialisée où le gouvernement
considère que le peuple et ses représentants sont indignes
de débattre sérieusement des finances publiques, et où il
leur sert, chaque année, quelle que soit sa couleur
politique, une vaste opération médiatique, dont on peut
débattre 90 jours et 90 nuits, mais qu'on ne peut surtout pas
toucher, et qui disparaît ensuite à la vue, lorsque les
choses sérieuses, c'est à dire l'encaissement effectif des
recettes, le décaissement réel des dépenses, commencent.
Votre commission souhaite à cet égard faire entendre deux
messages, et contribuer à ouvrir une perspective.
Le premier message est le suivant : les gouvernements doivent
cesser de croire que la culture du secret, l'exclusivité de
leur savoir sur la situation des finances publiques du pays
sont un élément constitutif de leur pouvoir d'initiative et
de gestion. Votre commission ne conteste pas au gouvernement
l'initiative des lois de finances et son rôle dans leur
exécution. Elle exige simplement, au nom du peuple français,
qui en a le droit, qui s'est doté en 1789 d'une Assemblée
nationale à cette fin, que le gouvernement rende compte,
fidèlement et rapidement de la gestion des finances des
français et de ce qu'il compte en faire. Le consentement à
l'impôt doit être éclairé. Cet éclairage ne peut provenir
que d'une information fiable sur son niveau et sur son
utilisation. Le fait que le Parlement soit bien informé, bien
éclairé, n'empêchera jamais le gouvernement de faire ses
propositions et de bien gérer.
Le second message est le suivant : contrairement à la
situation qui prévalait peut-être en 1958, on ne peut plus
dire aujourd'hui que l'éloignement du Parlement du pouvoir
budgétaire est une garantie de bonne gestion. Parmi les
grands pays industriels, en particulier l'Union européenne,
la France est l'un de ceux dont les pouvoirs financiers du
Parlement sont les plus faibles. La France est aussi l'un de
ceux dont les déficits publics sont les plus importants, l'un
des seuls qui n'ait pris aucune mesure structurelle
d'équilibrage à long terme de ses budgets publics (fonction
publique, retraites, assurance-maladie), bref, l'un des plus
mal gérés.
Nos partenaires qui ont mené des politiques vigoureuses de
redressement de leurs finances n'ont pu le faire que par une
implication forte de leur Parlement. Le pays dont le Parlement
a les plus grands pouvoirs budgétaires, les Etats-Unis, est
en excédent depuis plusieurs années et résorbe rapidement
sa dette publique.
La perspective est celle qui a été ouverte à l'Assemblée
nationale : la réforme de l'ordonnance de 1959 portant loi
organique relative aux lois de finances.
Votre commission entend prochainement contribuer à ce débat.
Il est nécessaire aujourd'hui de moderniser la gestion
publique, et de rééquilibrer les prérogatives respectives
du Parlement et du gouvernement.
Ces deux objectifs sont indissociables. C'est une grande
ambition. Elle est nécessaire pour une démocratie adulte.
De Mr Lambert sénateur.
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